L'orage est passée

J’étais assise sur ses genoux, je fixais la fenêtre et mes yeux embrumés se confondaient avec la pluie d’orage. Où était-elle ? Que faisait-elle ? Je pleurais à chaudes larmes.
Elle agitait ses jambes, tentait de me raconter des histoires, toujours les mêmes histoires, celles qu’on leur racontait à elle et sa sœur durant leur enfance en Algérie. Celles que j’aimais écouter d’ordinaire. Rien n’y faisait, je fixais la fenêtre, je n’entendais plus rien. Que faisait-elle ? Où était-elle ?
Que de phrases prononcées pour tenter de me rassurer, je ne pensais qu’à elle, j’imaginais le pire. L’orage grondait fort au dessus de nos tête, je n’en avais pas peur mais une autre peur m’envahissait, grandissait dans ma tête, dans mon cœur, j’imaginais le pire. Et si elle ne revenait pas ? Si elle m’avait abandonné ?
Je tentais de l’imaginer cet arrêt de bus donc elle me parlait, je tentais de l’apercevoir s’abritant en dessous en attendant que l’orage passe. Je ne le voyais pas, j’avais du mal à y croire. Où est-elle ? Pourquoi aujourd’hui ? Mes pleures s’intensifiait, je tremblait comme une feuille.
Enfin !! la sonnette salvatrice, la sonnette joyeuse. Je bondis sur le sol, j’essuie bien vite mes larmes et je cours vers la porte. Elle est là, toute trempée, souriante. Je lui saute au cou, l’embrasse de tout mon cœur puis m’enfuit vers la fenêtre. Je lui en veux un peu de m’avoir fait si peur, je m’en veux tellement d’avoir pu douter d’elle, je leur en veux à elles de lui avoir raconter mes larmes et mes craintes.

Je l’ai croisé souvent cette enfant de 6 ans. Il n’y avait plus de genoux, plus de jolies histoires. Seules devant la fenêtre, elle pleurait des mêmes craintes. Elle cherchait l’arrêt de bus, des excuses infinies. Plus de sonnette non plus, quelques phares de voiture, une clé dans la porte. Elle bondissait, essuyait bien vite ses larmes et courait l’accueillir. Elle singeait un sourire et s’enfuyait dans sa chambre. Elle lui en voulait tant de lui avoir fait si peur. Elle avait tellement peur de la perdre pour toujours.

Ce soir, le nez collé à ma fenêtre, je ne cherche plus l’arrêt de bus, je n’aurai plus de larmes à cacher, elle est là dans ma tête, elle est là dans mon cœur, elle ne me quittera plus.

juin 2007

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 22/10/2007

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